Pour avoir passé de longues années de ma jeunesse à travailler a Rome, dans les Archives Vaticanes, sur l'histoire de la reine Jeanne de Naples, il me vient naturellement, à l'âge où Ton regroupe, en une unité toute personnelle, les divers centres d'intérêt d'une vie de recherches, la curiosité d'etablir avec plus de précision que dans un exposé général, d'ailleurs encore inachevé, quels furent les rapports entre ‘ma’ reine et ‘notre’ Ville. Peut-être quelques traits du caractère de la souveraine et quelques problèmes de ses dernières années en seront-ils éclairés.
Rome avait tenu une place assez considérable dans la vie des premiers Angevins. Charles Ier en avait été élu sénateur (1264) avant son arrivée en Italie et avait été reçu, au mois de juin 1265, dans la Ville Eternelle par une foule chargée de palmes et dansante, mais fort déçue de n'être pas arrosée, en retour, de piécettes de monnaie. On sait qu'il y fut couronné roi de Sicile, y fut rejoint par son armée françoprovençale et en repartit le 20 Janvier 1266 pour la conquête du Royaume, qu'il y avait organisee. Sa statue, au Musée du Capitole, illustre l'important aspect romain de sa carriere. Cet aspect est aussi notable dans le règne de son petit-fils, le roi Robert. Ce sont les troupes angevines qui, en mai-juin 1312, empêcherent l'empereur Henri VII d'arriver à Saint-Pierre pour s'y faire couronner. Robert fut appelè en conséquence (1313) à une longue sénatorerie romaine, dont sa lutte avec Louis de Bavière fut l'un des épisodes. On ne saurait oublier que Pétrarque eût voulu recevoir de lui le laurier des poètes au Capitole.